Un éclair vert fend le ciel parisien, suivi d’un cri perçant… Ce n’est pas une illusion. La capitale accueille désormais un hôte aussi inattendu que coloré : la perruche à collier. Comment ces oiseaux tropicaux se sont-ils fait une place si bien visible au cœur de Paris ? L’histoire est aussi surprenante qu’authentique.
Un oiseau exotique… devenu parisien
Vert vif, bec rouge, longue queue effilée… Vous avez peut-être déjà croisé ce drôle d’oiseau dans un parc parisien. Il s’agit de la perruche à collier, ou Psittacula krameri de son nom scientifique.
Originaire d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud, notamment d’Inde et du Pakistan, cette perruche vivait autrefois dans des zones chaudes et arborées. Elle est aujourd’hui visible en plein Île-de-France, perchée en haut des platanes ou survolant les boulevards, souvent regroupée en bandes bruyantes.
Comment ces perruches sont-elles arrivées à Paris ?
L’histoire ressemble à un film. Vers 1976, plusieurs spécimens auraient pris leur envol — non pas volontairement — depuis l’aéroport d’Orly, à la suite d’un accident de transport. Ces quelques oiseaux perdus dans la nature francilienne se sont très vite adaptés.
Ayant trouvé gîte et couvert, ils ont formé des couples, puis des colonies. D’année en année, cette poignée d’échappées s’est transformée en une population bien implantée.
Une explosion démographique impressionnante
Aujourd’hui, on estime entre 10 000 à 20 000 le nombre de perruches à collier dans la région parisienne. Elles sont visibles dans :
- le bois de Vincennes
- le bois de Boulogne
- les grands parcs urbains
- les zones pavillonnaires pleines de jardins et d’arbres fruitiers
Et Paris n’est pas une exception. Des capitales européennes comme Londres, Bruxelles ou Amsterdam connaissent le même phénomène. Ces perruches y trouvent un habitat étrangement proche de leurs régions d’origine.
Pourquoi s’adaptent-elles si bien au climat francilien ?
Malgré leurs origines tropicales, ces perruches résistent aux hivers parisiens. Voici pourquoi :
- Grande capacité d’adaptation : elles tolèrent mieux le froid que prévu, à condition d’avoir de la nourriture et des abris.
- Ressources en ville abondantes : elles se nourrissent de fruits urbains (mûriers, cerisiers…), de graines dans les mangeoires, de bourgeons… et parfois de restes humains.
- Ville structurée en « corridors verts » : arbres, parcs et jardins sont autant de zones-refuges reliées entre elles.
- Vie en groupe : cela facilite la recherche de nourriture, la protection contre les prédateurs et le choix de dortoirs sécurisés.
Un charme indéniable… qui ne fait pas l’unanimité
Certains se réjouissent de ces touches tropicales dans les cieux parisiens. D’autres dénoncent leur bruit important, surtout lorsqu’elles se rassemblent par dizaines sur un même arbre au lever du jour.
Au-delà du dérangement sonore, ces perruches posent aussi des problèmes écologiques :
- elles utilisent des cavités d’arbres que d’autres oiseaux (pics, mésanges…) pourraient occuper
- elles entrent en compétition pour la nourriture, surtout en hiver
C’est pourquoi elles sont aujourd’hui classées comme espèce invasive dans plusieurs pays européens, y compris la France.
Biodiversité menacée : faut-il s’alarmer ?
La prudence est de mise. Bien que les impacts majeurs ne soient pas encore avérés, les scientifiques surveillent cette population de près. Leur travail consiste à :
- compter les effectifs
- étudier les comportements
- évaluer les effets sur la faune locale et certaines cultures
En attendant, le mieux est d’éviter de les nourrir pour ne pas renforcer leur expansion non contrôlée.
Où et comment observer les perruches sans les déranger ?
Envie de les voir sans déranger la vie sauvage ? Voici quelques conseils simples :
- Privilégiez le matin tôt ou la fin de journée
- Ouvrez l’œil près des grands arbres isolés ou dans les pelouses des parcs
- Écoutez leur cri aigu : un “kiik-kiik” qui porte loin
Et surtout :
- restez à distance, utilisez des jumelles
- évitez le flash si vous prenez des photos
- notez vos observations pour aider les associations naturalistes
Une nouvelle réalité urbaine à accepter
L’arrivée de la perruche à collier à Paris est le reflet de notre époque : globalisation, commerce animalier, perturbations imprévues. En quelques générations, elles ont redessiné le visage sonore et visuel de nos parcs.
Alors, la prochaine fois qu’un éclair vert traverse votre quartier, souvenez-vous qu’il ne s’agit pas que d’un joli plumage. C’est aussi une histoire de fuite, d’adaptation et de survie insolite — le signe d’une nature qui reprend parfois ses droits, même dans le béton parisien.




