Il existe un livret d’épargne réglementé dont presque personne ne parle, et pourtant… Il a tout d’un produit officiel. Peu connu, rarement proposé, ce livret a un nom qui passe souvent inaperçu : le Livret d’Épargne Entreprise (LEE). Officiellement reconnu par l’État, il continue d’exister… sur le papier. Alors, pourquoi ce cinquième livret est-il si méconnu, et que peut-il vous rapporter ?
Le LEE : un livret légal mais invisible
Le Livret A, le LDDS, le LEP ou encore le Plan Épargne Logement (PEL) sont des figures bien connues de l’épargne en France. Mais le LEE ? Il n’apparaît presque jamais dans les brochures bancaires ni dans les conseils des guichets.
Et pourtant, le Livret d’Épargne Entreprise fait bien partie des livrets réglementés. Il figure, noir sur blanc, dans les arrêtés semestriels fixant les taux. À partir de février 2026, son taux passe de 1,25 % à 1 %. Ce chiffre correspond aux trois quarts du taux du Livret A, arrondis à l’inférieur. Une rémunération certes modeste, mais tout de même encadrée.
Un livret pensé pour financer la création d’entreprise
Le LEE n’est pas né au hasard. Il voit le jour dans les années 1980 pour encourager la création ou la reprise d’entreprises artisanales. En parallèle d’un capital à constituer, il peut même offrir un accès à un prêt bonifié.
Le fonctionnement est assez proche du plan d’épargne logement. Il repose sur deux grandes phases :
- Une phase d’épargne obligatoire, qui dure entre 2 et 5 ans avec des versements minimums chaque année
- Une phase de blocage, où les intérêts s’accumulent et permettent ensuite de financer un projet professionnel
Mais le produit présente plusieurs contraintes : seuil élevé à l’ouverture, versements réguliers imposés, plafond rarement atteint, et surtout…
La fiscalité post-2013 : un coup dur
Avant 2013, le LEE bénéficiait d’un atout de poids : les intérêts étaient exonérés d’impôt. Mais cela a changé avec la loi de finances pour 2014. Depuis, il est soumis au régime classique du prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %. Résultat : les avantages fiscaux ont disparu, et l’attrait du livret aussi.
Pour les banques, ce fut le signal d’un désengagement silencieux. Peu à peu, elles cessent tout bonnement de le proposer. Certaines ne savent même plus si des clients en possèdent encore un.
Pourquoi ce livret a-t-il été oublié ?
Son objectif initial était noble, mais sa mise en œuvre peu claire. De nombreux professionnels ignorent même son existence. Un ex-employé de banque confiait récemment n’avoir jamais ouvert un seul LEE en 20 ans de carrière. Quant à la Banque de France, elle ne dispose d’aucune statistique publique sur ce produit, car les encours sont négligeables.
Le LEE sur la sellette ?
Des parlementaires se sont récemment penchés sur cette anomalie. Un rapport de la Commission des finances de l’Assemblée nationale pointe un produit peu distribué et sans utilité claire. Le verdict est simple : il serait temps de le supprimer, car il n’a jamais trouvé sa place dans l’épargne des Français.
Cette suppression passerait sûrement inaperçue. Après tout, ce livret n’a jamais suscité d’engouement. Pourtant, il continue d’apparaître dans les textes… une étrange survivance d’un temps révolu.
Faut-il s’y intéresser avant qu’il ne disparaisse ?
Si vous avez un vieux contrat LEE ou que vous avez lancé un projet entrepreneurial, cela peut valoir le coup de vérifier vos anciens livrets bancaires. Peut-être disposez-vous d’un capital oublié.
Mais pour tout nouvel épargnant, autant se tourner vers des solutions plus simples, accessibles et performantes comme le Livret A, le LDDS, ou pourquoi pas l’assurance vie.
Le LEE aura été une parenthèse discrète dans l’histoire de l’épargne. Et vous, saviez-vous qu’il existait ?




